{"id":10848,"date":"2014-02-28T14:27:07","date_gmt":"2014-02-28T13:27:07","guid":{"rendered":"http:\/\/ecocopro.com\/?p=10848"},"modified":"2014-02-28T14:27:07","modified_gmt":"2014-02-28T13:27:07","slug":"les-coproprietes-de-fait-a-rio-de-janeiro-de-la-favella-a-la-copropriete-fermee","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/ecocopro.com\/?p=10848","title":{"rendered":"Les \u00ab\u00a0copropri\u00e9t\u00e9s de fait\u00a0\u00bb \u00e0  Rio de Janeiro: De la \u00ab\u00a0favella\u00a0\u00bb \u00e0 la \u00ab\u00a0copropri\u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/images1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-10851 aligncenter\" alt=\"images\" src=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/images1.jpg\" width=\"286\" height=\"176\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le processus de transformations urbaines li\u00e9es \u00e0 la privatisation et \u00e0 la<strong> fermeture des espaces<\/strong> est en cours dans plusieurs m\u00e9tropoles dans le monde.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019une transformation du mod\u00e8le urbain compromettant les valeurs id\u00e9al-typiques d\u2019ouverture et de libert\u00e9 de circulation.<\/p>\n<p>On le soup\u00e7onne ainsi de mettre en danger les interactions entre les individus et les diff\u00e9rents groupes sociaux.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;intensit\u00e9 de ce processus varie selon la ville ou la m\u00e9tropole consid\u00e9r\u00e9e, les signes de cette transformation sont souvent les m\u00eames : construction de murs, isolement de la couche la plus ais\u00e9e, privatisation des espaces publics et accroissement des technologies de surveillance et de s\u00e9curit\u00e9 qui fragmentent de plus en plus l\u2019espace urbain, divisent les groupes sociaux et changent le caract\u00e8re de la vie publique en allant \u00e0 l\u2019encontre des id\u00e9aux modernes de la vie urbaine.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019une nouvelle forme de fabrication de la ville, o\u00f9 les pouvoirs publics appliquent un laisser-faire ; la production des espaces urbains r\u00e9sidentiels pour les couches les plus ais\u00e9es de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tant c\u00e9d\u00e9e au secteur priv\u00e9 (Caldeira, 2000).<\/p>\n<p>L\u2019expression de ce ph\u00e9nom\u00e8ne dans les grandes villes est observ\u00e9 notamment \u00e0 partir de l\u2019implantation des formes de logements en copropri\u00e9t\u00e9, ferm\u00e9s au public et souvent destin\u00e9s aux couches les plus ais\u00e9es de la population :<\/p>\n<p><strong>Barrio cerrado<\/strong> en Argentine, <strong>condominio fechado<\/strong> au Br\u00e9sil, <strong>gated community<\/strong> aux \u00c9tats-Unis,<strong> fraccionamento cerrado<\/strong> au Mexique et au Chili.<\/p>\n<p>Les noms donn\u00e9s \u00e0 ce type d\u2019habitat sont divers dans chaque pays, mais les raisons \u00e9voqu\u00e9es pour justifier cette fermeture sont souvent les m\u00eames :la s\u00e9curit\u00e9, la recherche d\u2019un statut social, le souhait de vivre entre soi, la volont\u00e9 de s\u2019\u00e9loigner de l\u2019agitation qui r\u00e8gne dans des grandes villes.<\/p>\n<p>Au Br\u00e9sil, cette forme d\u2019habitat s\u2019incarne dans des ensembles r\u00e9sidentiels ferm\u00e9s et s\u00e9curis\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans le cas br\u00e9silien, Capron (2006, p. 264) la d\u00e9finit ainsi : C\u2019est surtout le d\u00e9veloppement des immeubles, en particulier des tours de logement, qui a \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9, en partie en raison du sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>Un m\u00eame ensemble grillag\u00e9 et ferm\u00e9 peut ainsi contenir plusieurs immeubles ou tours elles-m\u00eames en copropri\u00e9t\u00e9, mais aussi des maisons qui ne le sont pas. La structure de copropri\u00e9t\u00e9 est complexe, avec des niveaux d\u2019embo\u00eetement peu visibles \u00e0 l\u2019\u0153il nu.<\/p>\n<p>Les condominios ferm\u00e9s offrent \u00e0 leurs r\u00e9sidents des piscines, des terrains de sports, des lieux de recr\u00e9ation, des salles de jeux, des saunas, mais aussi, entre autres, des services tels que laveries, parkings, salons pour les f\u00eates priv\u00e9es.<\/p>\n<p>Il y a des condominios ferm\u00e9s plus sophistiqu\u00e9s qui offrent \u00e9galement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des petits supermarch\u00e9s, des pistes cyclables, des salles de sports, et autres produits et services de consommation faisant partie de la vie quotidienne des couches les plus ais\u00e9es de la population br\u00e9silienne.<\/p>\n<p>\u00c0 <strong>Rio de Janeiro,<\/strong> ces condominios ferm\u00e9s apparurent dans les ann\u00e9es 1970 et se sont sophistiqu\u00e9 du point de vue de la privatisation des espaces et de l\u2019offre de services \u00e0 partir de la fin des ann\u00e9es 1980, lorsque la violence \u00e0 Rio de Janeiro s\u2019intensifia en raison du d\u00e9veloppement des organisations de trafiquants de drogues et de leurs guerres pour la conqu\u00eate des espaces de vente de stup\u00e9fiants dans les favelas de la ville.<\/p>\n<p>Un nouveau type d\u2019habitat se fit jour \u00e0 partir de l\u2019ann\u00e9e 2000 \u00e0 Rio de Janeiro, reprenant les caract\u00e9ristiques des condominios ferm\u00e9s existant au Br\u00e9sil, mais accueillant une couche plus populaire de la population.<\/p>\n<p>D\u00e9nomm\u00e9\u00ab copropri\u00e9t\u00e9 de fait \u00bb \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire fonctionnant comme s\u2019il y avait un droit de copropri\u00e9t\u00e9 \u00e9tabli \u2013 ce type d\u2019habitat se constitue \u00e0 partir de \u00ab l\u2019invasion de terrains\u00a0\u00bb par une population venue notamment des favelas.<\/p>\n<p>La reconversion en habitat se fait par les occupants eux-m\u00eames, hybridant des caract\u00e9ristiques provenant tant de leurs espaces d\u2019habitat d\u2019origine que de l\u2019espace priv\u00e9 des condominios ferm\u00e9s de la ville.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 fin 2009, on ne connaissait que trois \u00ab invasions \u00bbde ce type \u00e0 Rio de Janeiro, situ\u00e9es tr\u00e8s proches les unes des autres : le \u00ab Chaparral \u00bb, le \u00ab Condominio Barra Vela \u00bb et le \u00ab Palace \u00bb.<\/p>\n<p>Morphologiquement, ces invasions sont cl\u00f4tur\u00e9es par les murs qui existaient auparavant et ferment souvent leurs acc\u00e8s avec des portes ou des grilles, parfois surveill\u00e9es jour et nuit par un gardien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/favella.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-10850 aligncenter\" alt=\"favella\" src=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/favella.jpg\" width=\"295\" height=\"171\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Du point de vue de la forme d\u2019habitat d\u2019origine des occupants, la favela, les \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bb sont consid\u00e9r\u00e9es comme un nouveau cas de figure de l\u2019habitat informel dans la ville de Rio de Janeiro, m\u00eame si elles sont quantitativement exceptionnelles.<\/p>\n<p>Leur originalit\u00e9 s\u2019incarne tant dans leurs fonctionnements et modes de gestion internes que dans leurs constituants spatiaux et leurs rapports \u00e0 leurs enveloppes territoriales.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>LES \u00ab COPROPRI\u00c9T\u00c9S DE FAIT \u00bb DE L\u2019AVENIDA BRASIL:<\/p>\n<p>Les caract\u00e9ristiques g\u00e9n\u00e9rales communes aux trois invasions sont : localisation dans des friches industrielles ou commerciales ; gestion par un syndic, sorte d\u2019administrateur de la \u00ab copropri\u00e9t\u00e9 \u00bb ; paiement par les habitants d\u2019une taxe de copropri\u00e9t\u00e9, correspondant normalement aux d\u00e9penses collectives (gardien, femme de m\u00e9nage, r\u00e9parations et maintenances, etc.) ; Ill\u00e9galit\u00e9 juridique ; implantation dans une zone sous contr\u00f4le d\u2019un pouvoir parall\u00e8le \u00e0 l\u2019\u00c9tat, assez r\u00e9pandu dans la ville de Rio de Janeiro, d\u00e9nomm\u00e9 milicia.<\/p>\n<p>\u00c0 Rio de Janeiro les milicias se caract\u00e9risent par la formation de groupes, en dehors de tout cadre formel, compos\u00e9s, entre autres, de pompiers, militaires, agents de prison et policiers, \u00e0 la retraite ou en activit\u00e9 et dont l\u2019objectif est l\u2019extorsion de l\u2019argent et le contr\u00f4le des zones d\u2019habitat abandonn\u00e9es par l\u2019\u00c9tat, dont des favelas.<\/p>\n<p>Ces milicianos ont souvent expuls\u00e9 les trafiquants de drogues des zones qu\u2019ils dominaient pour en prendre le contr\u00f4le.<\/p>\n<p>L\u2019emploi du terme \u00ab copropri\u00e9t\u00e9 de fait \u00bb dans la caract\u00e9risation des \u00ab invasions \u00bb de l\u2019Avenida Brasil, est justifi\u00e9, en partie, par les d\u00e9finitions de copropri\u00e9t\u00e9 en France et au Br\u00e9sil.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit bien d\u2019un ensemble de constructions (immeuble et maisons) dont la propri\u00e9t\u00e9 (m\u00eame si ill\u00e9gale du point de vue juridique) est r\u00e9partie entre plusieurs personnes par lots et appartements, comprenant chacun une partie privative et une quote-part de parties communes. Cependant, les parties communes sont progressivement occup\u00e9es par des nouvelles unit\u00e9s d\u2019habitation.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse des favelas de Rio de Janeiro, la configuration spatiale \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bb se caract\u00e9rise par un dessin orthogonal et ordonn\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le \u00ab Condomino Barra Vela \u00bb, les occupants ont fait appel \u00e0 un ing\u00e9nieur pour renforcer la structure de l\u2019immeuble principal existant sur le terrain et pour r\u00e9aliser un projet de reconversion de l\u2019espace.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat se traduit par des modules d\u2019unit\u00e9 d\u2019habitation de m\u00eame surface, pr\u00e9vus pour une famille avec deux ou trois enfants, pr\u00e9sentant une surface sup\u00e9rieure \u00e0 celle constat\u00e9e dans la plupart des logements construits dans les favelas<\/p>\n<p>Le syndic a d\u00e9termin\u00e9 la couleur des fa\u00e7ades et les mat\u00e9riaux utilis\u00e9s pour les portes et fen\u00eatres, ce qui homog\u00e9n\u00e9ise les \u00e9tages de l\u2019immeuble (Figure 2).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Unknown.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-10852 aligncenter\" alt=\"Unknown\" src=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Unknown.jpg\" width=\"260\" height=\"194\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les immeubles ont \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement occup\u00e9s et divis\u00e9s en appartements par les occupants qui arrivaient au fur et \u00e0 mesure ; l\u2019entrep\u00f4t a \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement loti de parcelles et la toiture a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9e par la suite.<\/p>\n<p>L\u2019espace vide est devenu une zone de loisirs dans une partie ; dans l\u2019autre on observe l\u2019extension d&rsquo;unit\u00e9s d\u2019habitation r\u00e9cemment construites, ainsi que quelques maisons qui datent du d\u00e9but de l\u2019invasion. Dans la zone de loisirs, une place a \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9e, avec une piscine et une sc\u00e8ne pour des concerts et spectacles. Le \u00ab Palace \u00bb comporte \u00e9galement un terrain de sports \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur (Figure 4).<\/p>\n<p>La pr\u00e9sence de tous ces \u00e9quipements font de cette \u00ab copropri\u00e9t\u00e9 de fait \u00bb la plus sophistiqu\u00e9e des trois invasions \u00e9tudi\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans le cas des \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bb, l\u2019occupation des terrains qui disposent d\u2019une infrastructure pr\u00e9alable conduit les habitants \u00e0 une reconversion des espaces et non \u00e0 une construction compl\u00e8te de la structure d\u2019habitat, comme c\u2019est le cas dans les favelas.<\/p>\n<p>Dans le cas du \u00ab Palace \u00bb les habitants se sont servis des \u00e9l\u00e9ments de structure de l\u2019entrep\u00f4t, tels que les poutres et les colonnes pour construire leurs maisons.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat est un espace construit de maisons et couloirs, modul\u00e9 selon la structure existante.<\/p>\n<p>En ce qui concerne l\u2019infrastructure de base, la distribution des r\u00e9seaux d\u2019eau et d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par les occupants. Le caract\u00e8re informel n&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9 que le r\u00e9seau d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 soit r\u00e9gularis\u00e9 aupr\u00e8s de la compagnie de distribution d\u2019\u00e9nergie de la ville. C\u2019est le cas du \u00ab Condominio Barra Vela \u00bb, qui pr\u00e9sente des compteurs d\u2019\u00e9nergie pour chacun des appartements de l\u2019immeuble principal de l\u2019invasion.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur des \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bb, comme dans les favelas, des commerces s\u2019installent et r\u00e9pondent aux besoins des habitants.<\/p>\n<p>L\u2019augmentation du nombre des constructions dans les \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bbse fait \u00e0 une vitesse impressionnante depuis 2005.<\/p>\n<p>Cette expansion se r\u00e9alise soit sur les terrains vides, soit par un processus de \u00ab verticalisation \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire, par une maison construite sur l\u2019autre, comme dans les favelas. Actuellement, il ne reste plus d\u2019espaces libres, \u00e0 part la zone de loisirs.<\/p>\n<p>\u00c0 titre d\u2019illustration, en 2009 le\u00ab Palace \u00bbcomptait environ 201 r\u00e9sidences et 9 boutiques distribu\u00e9es sur un terrain d\u2019une surface totale de 3.700m\u00b2. Ceci r\u00e9v\u00e8le que les \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bb repr\u00e9sentent une alternative r\u00e9sidentielle de fait pour au moins une partie de la population des favelas.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/y.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-10859 aligncenter\" alt=\"y\" src=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/y.jpg\" width=\"284\" height=\"177\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>APPROPRIATION D\u2019UN MOD\u00c8LE OU R\u00c9INVENTION DE L\u2019HABITAT POPULAIRE?<\/p>\n<p>Peut-on affirmer que la fortification et la privatisation des espaces dans la ville sont en train de toucher les couches les plus d\u00e9favoris\u00e9es en leur faisant adopter des dispositifs de privatisation ressemblant \u00e0 ceux des couches les plus ais\u00e9es ?<\/p>\n<p>Y r\u00e9pondre n\u00e9cessite \u2013 au pr\u00e9alable \u2013 de revenir sur la question s\u00e9curitaire affectant toute la population de Rio de Janeiro. L\u2019une des motivations principales \u00e9voqu\u00e9es par les habitants interview\u00e9s dans le \u00ab Palace \u00bb pour partir de leur favela d\u2019origine et s\u2019installer dans les invasions est le d\u00e9sir d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la brutalit\u00e9.<\/p>\n<p>Les \u00ab lois \u00bb impos\u00e9es par les trafiquants et la violence croissante \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la favela transforment, depuis longtemps, cette derni\u00e8re en un espace de crime et de non droit.<\/p>\n<p>L\u2019absence de tranquillit\u00e9, les \u00e9changes de tirs \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition et le risque de voir les enfants se m\u00ealer au crime constituent des contraintes et des nuisances pour les habitants. Partant, depuis environ dix ans, la violence, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et la peur constituent des causes essentielles au d\u00e9m\u00e9nagement des favelados (les habitants de favelas)vers d\u2019autres habitations pr\u00e9caires (Sampaio, 1998), mais plus s\u00e9curis\u00e9es, telles que les \u00ab invasions \u00bb, avec une r\u00e9ussite certaine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/imagesc.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-10853 aligncenter\" alt=\"imagesc\" src=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/imagesc.jpg\" width=\"281\" height=\"179\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans les quartiers populaires non s\u00e9curis\u00e9s, tels que les <strong>favelas<\/strong>, la surveillance est un acte collectif, sans d\u00e9l\u00e9gation .<\/p>\n<p>L\u2019ignorance des codes et des normes de comportements sp\u00e9cifiques au lieu rend ais\u00e9ment rep\u00e9rable dans un milieu caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019exigence de la connaissance des r\u00e8gles \u2013 notamment en raison de la pr\u00e9sence des gangs de trafiquants de drogues \u2013 mais l\u2019imposition de l\u2019application de ces derni\u00e8res autrement que par la force est difficile en l\u2019absence de tout cadre formel.<\/p>\n<p>Dans les <strong>condominios s\u00e9curis\u00e9s<\/strong>, le rapport \u00e0 l\u2019\u00e9tranger est diff\u00e9rent, notamment parce que la gestion de son contr\u00f4le est confi\u00e9e \u00e0 des agents de surveillance. Celui qui, par exemple, h\u00e9site \u00e0 prendre un chemin ou qui gare trop longtemps sa voiture \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019ensemble r\u00e9sidentiel sera rep\u00e9r\u00e9 et sanctionn\u00e9 par les agents de surveillance du condominio, l\u00e9gitim\u00e9s \u00e0 faire respecter un ordre suppos\u00e9ment souhait\u00e9 par tous les habitants, et non une fraction d\u2019entre eux, comme dans les favelas.<\/p>\n<p>Dans le cas des \u00ab invasions \u00bb, le rapport \u00e0 l\u2019\u00e9tranger est le m\u00eame que celui des quartiers populaires, mais s\u2019y ajoute, comme dans les condominios ferm\u00e9s, la pr\u00e9sence d\u2019agents de surveillance s\u2019assurant de la tranquillit\u00e9 de la zone, malgr\u00e9 l\u2019informalit\u00e9 et l\u2019aspect parfois pr\u00e9caire de certaines maisons. Comme dans les favelas, les r\u00e8gles impos\u00e9es par le \u00ab pouvoir \u00bb local sont connues et souvent respect\u00e9es par tous les habitants, m\u00eame si elles ne sont affich\u00e9es nulle part, ou si elles ne sont pas issues d\u2019un choix collectif.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/imagesb.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-10854 aligncenter\" alt=\"imagesb\" src=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/imagesb-300x156.jpg\" width=\"300\" height=\"156\" srcset=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/imagesb-300x156.jpg 300w, http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/imagesb.jpg 311w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les syndics des \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bbpartent du principe que ceux qui ne sont pas satisfaits des normes \u2013 telles que l\u2019absence de drogues, l\u2019interdiction de bruit \u00e0 partir de 22 h et d\u2019autres r\u00e8gles d\u2019int\u00e9r\u00eat collectif \u2013 peuvent quitter le milieu d\u2019habitat et retourner dans la favela, o\u00f9 ces comportements sont \u00ab tol\u00e9r\u00e9s \u00bb.<\/p>\n<p>Reste que l\u2019informalit\u00e9 de l\u2019habitat et l\u2019absence de r\u00e9glementation (comme une convention de copropri\u00e9t\u00e9) g\u00e9n\u00e8rent des actions arbitraires qui rel\u00e8vent pas de la constitution suppos\u00e9ment d\u00e9mocratique d\u2019une copropri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Toutefois, concernant la structure de gestion, dans le cas des copropri\u00e9t\u00e9s br\u00e9siliennes, la pr\u00e9sence d\u2019un syndic qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu par les copropri\u00e9taires (dans le cas du \u00ab Palace \u00bb) et qui habitait \u00e0 ce moment-l\u00e0 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019invasion montre un rapprochement du mod\u00e8le de copropri\u00e9t\u00e9 de la \u00ab ville formelle \u00bb (Vaz, 1998).<\/p>\n<p>Ce qui n\u2019exclut pas l\u2019absence de concertation dans la prise de d\u00e9cisions concernant la communaut\u00e9. Les \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bb jonglent ainsi avec les r\u00e9f\u00e9rences de l\u2019habitat formel et informel, constituant une forme nouvelle d\u2019habiter.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/imagesg.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-10862 aligncenter\" alt=\"imagesg\" src=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/imagesg.jpg\" width=\"259\" height=\"194\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 LA RECHERCHE D\u2019UN MOD\u00c8LE D\u2019HABITAT AUTRE QUE LA FAVELA:<\/p>\n<p>La premi\u00e8re diff\u00e9rence observ\u00e9e entre une favela et une \u00ab copropri\u00e9t\u00e9 de fait \u00bb est la pr\u00e9sence d\u2019un mur qui entoure et limite le milieu d\u2019habitat.<\/p>\n<p>La question se pose de savoir si les fronti\u00e8res mat\u00e9rielles sont un instrument de mise en \u0153uvre d\u2019une volont\u00e9 de mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart :\u00ab Ce sont les modes de vie et d\u2019habiter des r\u00e9sidents qui sont r\u00e9v\u00e9lateurs d\u2019une fragilisation du lien social ou les formes urbaines qui g\u00e9n\u00e8rent une diminution de celui-ci? \u00bb (Capron, 2006, p. 250).<\/p>\n<p>Quelle que soit la r\u00e9ponse, la mise \u00e0 distance physique par la discontinuit\u00e9 et les coupures spatiales contribue \u00e0 la fragmentation urbaine.<\/p>\n<p>La majorit\u00e9 des r\u00e9sidents du \u00ab Palace \u00bb \u00e9voque comme int\u00e9r\u00eat principal des \u00ab invasions \u00bb la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9viter de c\u00f4toyer les trafiquants de drogues.<\/p>\n<p>L\u2019expansion du mod\u00e8le \u00ab d\u2019enclave r\u00e9sidentielle \u00bb (Caldeira, 2000) rel\u00e8verait ainsi dans les \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bbd\u2019une volont\u00e9 de mise \u00e0 distance socio-spatiale. Toutefois, plus que les murs, fronti\u00e8re physique bien marqu\u00e9e, ce sont les r\u00e8glements int\u00e9rieurs des copropri\u00e9t\u00e9s qui r\u00e9v\u00e8lent la volont\u00e9 de stabiliser et d\u2019homog\u00e9n\u00e9iser l\u2019environnement social et spatial, de produire un entre-soi capable de g\u00e9rer les d\u00e9bordements dans un contexte o\u00f9 les institutions publiques ne sont gu\u00e8re capables d\u2019influer sur les conduites individuelles (Capron, 2006).<\/p>\n<p>Dans toutes les \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bbobserv\u00e9es, le point le plus important \u00bb est de juguler le trafic de drogue.<\/p>\n<p>Ainsi, les trois \u00ab invasions \u00bb de l\u2019Avenida Brasil interdisent tout usage ou commercialisation de stup\u00e9fiants, ce qui p\u00e9rennise la stabilit\u00e9 du pouvoir de la milicia qui domine la zone, et assure, en m\u00eame temps, la tranquillit\u00e9 des habitants.<\/p>\n<p>Une deuxi\u00e8me diff\u00e9rence marquante entre la favela et la \u00ab copropri\u00e9t\u00e9 de fait \u00bb concerne la pr\u00e9sence d\u2019\u00e9quipements collectifs, construits \u00e0 l\u2019initiative des habitants, comme dans le \u00ab Palace \u00bb.<\/p>\n<p>Cette caract\u00e9ristique permet de faire un parall\u00e8le entre les \u00ab invasions \u00bb et les condominios ferm\u00e9s<\/p>\n<p>. Dans le cas du mod\u00e8le des condominios ferm\u00e9s br\u00e9siliens la publicit\u00e9 faite \u00e0 ces \u00e9quipements vise, entre autres, \u00e0 entretenir une image d\u2019exclusivit\u00e9 \u2013 voire ostentatoire \u2013 du lieu d\u2019habitat, tout en enfermant les r\u00e9sidents dans des murs qui les prot\u00e8gent des \u00ab dangers \u00bb et des contacts impr\u00e9vus de la ville.<\/p>\n<p>Dans le cas des\u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bb, les murs et les \u00e9quipements accordent certes \u00e9galement \u00e0 leurs r\u00e9sidents un sentiment de s\u00e9curit\u00e9 et de confort, mais l\u2019on n\u2019y retrouve pas le m\u00eame d\u00e9sir de fermeture et d\u2019exclusivit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/imagest.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-10856 aligncenter\" alt=\"imagest\" src=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/imagest.jpg\" width=\"274\" height=\"184\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si quelques habitants du \u00ab Palace \u00bbt\u00e9moignent bien d\u2019une certaine fiert\u00e9 de pouvoir dire habiter dans la \u00ab copropri\u00e9t\u00e9 \u00bb, avec gardien et piscine, \u00e9chapper aux conflits, parfois quotidiens, entre les gangs de trafiquants de drogues, ou avec les forces polici\u00e8res semble plus important que se distinguer socialement et s\u2019abstraire de la ville.<\/p>\n<p>\u00c0 noter qu\u2019il en va de m\u00eame, \u00e0 Rio de Janeiro, dans les petits lotissements pour les classes moyennes, les raisons \u00e9voqu\u00e9es pour habiter dans ces condominios ferm\u00e9s \u00e9tant le plus souvent la qualit\u00e9 de vie pour les enfants, la tranquillit\u00e9, et la protection des biens. 24Dans le cas des \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bb la fiert\u00e9 de la part de certains habitants est induite non pas par le sentiment d\u2019\u00eatre diff\u00e9rents, mais par la r\u00e9ussite du projet d\u2019habitat.<\/p>\n<p>Les difficult\u00e9s des premiers mois d\u2019occupation de ces espaces, abandonn\u00e9s depuis longtemps, r\u00e9v\u00e8lent l\u2019obstination de ceux qui ont pu r\u00e9sister \u00e0 l\u2019absence de lumi\u00e8re, de toilettes, \u00e0 la pr\u00e9sence de rats et de cafards ou encore aux inondations lors de pluies estivales. Ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s un certain temps que le risque d\u2019expulsion du terrain devient faible et que l\u2019investissement dans l\u2019habitat et dans les parties communes prend forme.<\/p>\n<p>Les baraques deviennent des maisons en ma\u00e7onnerie, des \u00e9quipements sont implant\u00e9s (dans le cas du \u00ab Palace \u00bb), des am\u00e9liorations sont mises en place, tels que des rev\u00eatements des sols dans les espaces communs, etc.<\/p>\n<p>Cette conqu\u00eate de l\u2019espace d\u2019habitat \u00e0 partir de la reconversion men\u00e9e par les premiers habitants est le point cl\u00e9 pour comprendre la fiert\u00e9 d\u2019habiter dans un espace qui peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 aujourd\u2019hui comme une copropri\u00e9t\u00e9. 25Si souhait de distinction il y a, il se manifeste \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019habitat d\u2019origine, la favela. Dans le cas du\u00ab Palace \u00bb, les entretiens ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que ses habitants ne consid\u00e8rent pas les \u00ab invasions \u00bbcomme des favelas. Pour eux, la favela repr\u00e9sente le d\u00e9sordre et les favelados sont vus comme des gens qui ne savent pas se comporter en soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Les \u00ab invasions \u00bbsont consid\u00e9r\u00e9es comme une cat\u00e9gorie au-dessus des chaotiques favelas, comme une comunidade (communaut\u00e9), comme un chez-soi plut\u00f4t qu\u2019un entre-soi.<\/p>\n<p>Les \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bb repr\u00e9sentent pour leurs occupants un habitat de qualit\u00e9 qu\u2019ils ne trouvaient pas dans leurs favelas d\u2019origine. Les r\u00e8gles les rassurent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/imagesa.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-10857 aligncenter\" alt=\"imagesa\" src=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/imagesa.jpg\" width=\"275\" height=\"183\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>DES R\u00c9FLEXIONS, PLUT\u00d4T QUE DES CONCLUSIONS:<\/p>\n<p>Deux pistes principales de r\u00e9flexion contribuent \u00e0 comprendre la production des \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bb \u00e0 Rio de Janeiro.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re \u00e9voque un processus \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les m\u00e9tropoles du monde, que l\u2019on s\u2019ait \u00eatre particuli\u00e8rement pr\u00e9sent au Br\u00e9sil, et d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale en Am\u00e9rique Latine, o\u00f9 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, la violence urbaines, et les fortes in\u00e9galit\u00e9s sociales ont encourag\u00e9 la construction et l\u2019expansion de quartiers et de copropri\u00e9t\u00e9s entour\u00e9s de murs et de barri\u00e8res en raison de l\u2019abandon de la gestion de l\u2019espace public par les institutions et de l\u2019incapacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 ma\u00eetriser la violence et \u00e0 assurer la s\u00e9curit\u00e9 et l\u2019ordre public (Capron, 2006).<\/p>\n<p>Ajout\u00e9 \u00e0 la connivence entre les forces de l\u2019ordre, les trafiquants de drogues et les r\u00e9seaux de corruption, \u00e0 l\u2019impunit\u00e9 et \u00e0 la non l\u00e9gitimation de l\u2019\u00c9tat de droit, cet \u00e9tat de fait \u2013 caract\u00e9ristique de Rio de Janeiro \u2013 ne pouvait gu\u00e8re aboutir qu\u2019\u00e0 l\u2019instauration d\u2019une profonde injustice sociale et d\u2019une grande ins\u00e9curit\u00e9. Il est ainsi logique que toutes les classes sociales \u2013 y compris les plus d\u00e9favoris\u00e9es \u2013 cherchent \u00e0 privatiser, en quelque sorte, leurs espaces d\u2019habitat pour se pr\u00e9server de la violence.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me piste de r\u00e9flexion nous entra\u00eene au-del\u00e0 de la question s\u00e9curitaire. Le couplage \u00ab abandon-privatisation \u00bbproduit un espace public de mauvaise qualit\u00e9 qui ne stimule pas les interactions sociales et entra\u00eene la cr\u00e9ation d\u2019un cercle vicieux :<\/p>\n<p>plus on progresse dans une logique de fermeture et de privatisation des espaces, plus l\u2019espace public est d\u00e9laiss\u00e9 \u2013 et r\u00e9ciproquement. Ce vaut tout particuli\u00e8rement pour le Br\u00e9sil (Caldeira, 2000).<\/p>\n<p>Une fois que les \u00ab enclaves fortifi\u00e9es \u00bbont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es pour les couches les plus ais\u00e9es, l\u2019espace public et\/ou vacant a \u00e9t\u00e9 livr\u00e9 \u00e0 ceux qui ne pouvaient pas payer pour entrer dans les espaces ferm\u00e9s.<\/p>\n<p>Les \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bbr\u00e9v\u00e8lent ainsi un processus d\u2019appropriation et de privatisation des espaces r\u00e9siduels de la ville (ici les terrains d\u2019usine abandonn\u00e9s)par les couches les plus d\u00e9favoris\u00e9es.<\/p>\n<p>Situ\u00e9es \u00e0 Rio de Janeiro dans une zone de la ville d\u00e9laiss\u00e9e, car sa fonction industrielle n\u2019est plus d\u2019actualit\u00e9 et la pr\u00e9sence de plusieurs favelas ne suscite pas l\u2019int\u00e9r\u00eat du secteur immobilier, les \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bbont des traits d\u2019\u00ab oasis \u00bb.<\/p>\n<p>Ce sont des espaces judicieusement appropri\u00e9s par leurs occupants et qui pr\u00e9sentent un niveau de reconversion fonctionnelle qui m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre appliqu\u00e9 \u00e0 l\u2019ensemble du milieu urbain o\u00f9 elles s\u2019ins\u00e8rent.<\/p>\n<p>Les murs des occupations marquent certes une rupture dans l\u2019espace urbain, comme pour les condominios ferm\u00e9s, mais ces espaces r\u00e9sidentiels ne sont pas herm\u00e9tiques, m\u00eame si ils sont moins poreux que les favelas.<\/p>\n<p>Les habitants des \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bb, vivent dans l\u2019espace public (en dehors de l\u2019occupation), et l\u2019utilisent comme lieu de sociabilit\u00e9 autant que les habitants des favelas. Les \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bb d\u00e9montrent que la cr\u00e9ation d\u2019un espace r\u00e9sidentiel physiquement ferm\u00e9 et collectif n\u2019impose pas une rupture sociale avec la ville, malgr\u00e9 la pr\u00e9sence d\u2019\u00e9quipements et de services exclusifs que l\u2019on peut trouver \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du milieu d\u2019habitat, comme c\u2019est le cas du \u00ab Palace \u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019environnement urbain doit \u00eatre assimil\u00e9 comme l\u2019imbrication du tissu spatial et du tissu social (Tsiomis, 1994). 29Si\u00ab ce sont les sch\u00e9mas de consommation et les modes de vie des couches sociales moyennes, voire moyenne-sup\u00e9rieures, qui tendent \u00e0 s\u2019imposer comme r\u00e9f\u00e9rents sociaux et urbains, aussi pour les classes populaires, excluant les populations marginalis\u00e9es qui n\u2019y ont effectivement pas du tout acc\u00e8s \u00bb (Capron, 2006, p. 260), il semble que les \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bb ne copient pas int\u00e9gralement le mod\u00e8le des condominios ferm\u00e9s cariocas.<\/p>\n<p>Toutefois, l\u2019implantation des \u00e9quipements \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, tels que la piscine et les noms donn\u00e9s aux invasions (\u00ab Palace \u00bb et \u00ab Condominio Barra Vela \u00bb), r\u00e9v\u00e8le l\u2019appropriation de r\u00e9f\u00e9rences id\u00e9alis\u00e9es du mod\u00e8le d\u2019habitat formel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/imagesh.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-10863 aligncenter\" alt=\"imagesh\" src=\"http:\/\/ecocopro.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/imagesh.jpg\" width=\"275\" height=\"183\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La production des \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bb dans l\u2019Avenida Brasil rel\u00e8ve bien d\u2019une recherche d\u2019identit\u00e9 sociale pour les habitants, ancr\u00e9e dans le territoire et dans le mode d\u2019habitat particulier que constituent ces invasions. Si le fait d\u2019\u00e9tablir des limites territoriales permet \u00e0 la communaut\u00e9 de se renforcer dans son identit\u00e9 et dans son autonomie, les invasions semblent vraisemblablement y r\u00e9pondre et ainsi se d\u00e9tacher du mod\u00e8le des favelas, en revendiquant leur propre identit\u00e9 dans la ville. Plut\u00f4t que d\u2019affirmer l\u2019\u00e9mergence d\u2019un nouveau groupe social, plac\u00e9 au-dessus des habitants des favelas et plus proche de la classe moyenne, le ph\u00e9nom\u00e8ne des \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bb pourrait \u00eatre compris comme un mod\u00e8le cons\u00e9cutif \u00e0 \u00ab l\u2019int\u00e9riorisation des mod\u00e8les, par les individus \u00bb(Juan, 1995, p. 174).<\/p>\n<p>La circulation de mod\u00e8les s\u2019accomplit \u00e0 un rythme bien plus rapide dans la soci\u00e9t\u00e9 actuelle, en raison de l\u2019interd\u00e9pendance progressive des diff\u00e9rentes couches sociales, des contacts plus \u00e9troits, des tensions plus fr\u00e9quentes qu\u2019elle entra\u00eene(Elias, 1990).<\/p>\n<p>Ainsi, les \u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bb d\u00e9montrent une r\u00e9invention de l\u2019habitat populaire \u00e0 partir de l\u2019int\u00e9gration des r\u00e9f\u00e9rences du mod\u00e8le de la couche sociale plus ais\u00e9e (les condominios) adapt\u00e9es selon \u00ab l\u2019habitus \u00bb (Bourdieu, 1980) du groupe social qui constitue les\u00ab copropri\u00e9t\u00e9s de fait \u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>( <\/strong><em>D&rsquo;apr\u00e8s Ma\u00edra\u00a0Machado-Martins,\u00a0Professeure \u00e0 l\u2019\u00c9cole d\u2019architecture et d&rsquo;urbanisme<br \/>\nPontificia Universidade Catolica do Rio de Janeiro (PUC-RJ)<br \/>\n<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp; Le processus de transformations urbaines li\u00e9es \u00e0 la privatisation et \u00e0 la fermeture des espaces est en cours dans plusieurs m\u00e9tropoles dans le monde. 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